« J’ai oublié de dire bonjour »

IMG_8084« En France, un enfant qui ne dit pas bonjour, merci ou s’il vous plaît est considéré comme un enfant mal élevé ». C’est ce que me confie une mère venue assister à une initiation à la Discipline Positive que j’anime à l’école Montessori Bilingue d’Audrey Lanj (Paris 17). Réduire l’éducation de toute une vie à trois mots dits « magiques »… Une autre maman dont l’accent chante l’Amérique du Sud va encore plus loin en racontant qu’un jour, en offrant une chouquette à un enfant accompagné de sa mère, cette dernière a tellement insisté pour que l’enfant dise « merci » avec un ton si humiliant, qu’elle en a regretté de les lui avoir proposées. Comment en sommes-nous arrivés là je ne sais pas, mais pour ma part, je propose d’en sortir pour accéder à des valeurs un peu plus larges et profondes.

S’il est important d’apprendre à un enfant à dire « bonjour, merci et s’il vous plaît », ce qui n’a rien à voir avec la magie mais plutôt aux usages car cela lui apprend le respect de l’autre, l’ouverture, la communication, l’échange, il y a différentes façons de s’y prendre. Et la toute première est selon moi de se défaire de la pression sociale et du regard de l’autre. Quand un membre de votre propre famille ne rate pas une occasion de souligner « tes enfants ne disent pas bonjour« , j’en témoigne, c’est à la fois vexant, frustrant et profondément agaçant. Et on ne sait pas si on en veut davantage à ses enfants qu’à ses proches qui nous le font remarquer.

Mais pourquoi ne dit-il pas bonjour?

Ce n’est pas faute de le lui répéter bêtement et machinalement comme une rengaine « Qu’est-ce qu’on dit », « Tu-dis-bonjour-Madame », « Je-n’ai-pas-entendu », « Merci-qui? » et autres joyeusetés. La répétition ne fonctionne pas (ou très peu). Soit. Hier mon fils de six ans rencontre pour la première fois le papa d’une de ses amies, ils se parlent. Je lui demande plus tard s’il lui a dit bonjour et mon fils me répond « j’ai oublié »! Un enfant de six ans peut donc communiquer avec quelqu’un en omettant totalement de le saluer. Pour nous, adultes, cela n’arriverait pas, mais pour les enfants encore petits ça n’est pas aussi naturel. Ce papa a t-il pensé que mon fils était mal élevé? Peut-être. Dois-je lui faire faire des cours de rattrapage et le faire copier 100 fois « tu diras bonjour à tout adulte que tu croises »? A l’évidence, je dois pouvoir trouver des moyens plus efficaces pour qu’il intègre ces notions de façon intelligente et constructive mais surtout, j’ai très envie de consacrer du temps d’apprentissage ailleurs, sur des valeurs fondamentales et inscrire ces formules de politesse dans un contexte beaucoup plus large.

Si mon enfant ne dit pas bonjour, c’est aussi peut-être parce que l’adulte ne lui a pas dit bonjour, ou en tout cas n’a pas essayé de rentrer en communication avec l’enfant en se mettant à sa portée. Pour qu’un enfant soir réceptif, il a besoin d’une connexion. Si l’adulte prenait la peine de s’accroupir et de regarder l’enfant dans les yeux  en lui disant bonjour, il y a fort à parier que l’enfant en retour ne resterait pas muet. Mais dans la vie, nous demandons à nos enfants de dire bonjour à des adultes qui font deux fois leur taille, qui ne les entendent pas ni ne les regardent. « Dis bonjour au mur, chéri! Bonjour MONSIEUR Mur ». Aujourd’hui nous apprenons à dire bonjour à nos enfants comme une case qu’on valide. L’autre jour un papa dit très fort à son enfant dans la boulangerie « Bonjour MADAME », pas tant pour que l’enfant communique avec la boulangère mais davantage pour que tout le monde valide bien qu’il appartenait à la famille des « bien élevés ». Nous voulons que nos enfants disent bonjour pour être nous-mêmes considérés comme bien élevés. Et j’ai appris hier soir que c’était culturel et très français, puisque cela peut interpeller les parents étrangers.

J’ai vu des enseignants exiger de leurs élèves de les regarder dans les yeux pour leur dire bonjour (ça marche aussi pour au revoir), sans réaliser que pour que les yeux situés à 1 mètre du sol aient une chance de rencontrer les yeux situés à 1 mètre 75, il allait falloir y mettre du sien (ou pas)…

Ne lâchons rien sur le respect mutuel, la curiosité et l’ouverture à l’autre. Mais ces valeurs ne se résument pas à trois mots. Lâchons sur « Bonjour » et voyons ce qu’il se passe. Essayons de voir si on peut passer d’une répétition automatique sans fondement, à un désir de se connecter à l’autre, à condition que le récepteur soit . Il est tellement plus intéressant que notre enfant ait envie de rentrer en communication avec l’autre, adulte ou pair, qu’en lançant un « bonjour », pour faire bien et passer à autre chose. C’est une bonne leçon pour nous adultes aussi. Prenons-nous le temps de regarder l’autre dans les yeux quand nous lui disons bonjour? Notre « comment tu vas » se préoccupe t-il vraiment de l’état psychique et physique de notre interlocuteur? Et si nous commencions à échanger pour de vrai et non plus pour faire bien? Etant modèles de nos enfants, ils pourraient avoir envie de nous imiter.

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parentale

julie.renauld.millet@gmail.com

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