« Ils ne se disputent plus pour une chaise! »

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Voilà trois ans que j’accompagne les familles et je reste émerveillée par les progrès et les changements concrets qu’ils me confient. Je suis fascinée tout d’abord par la vitesse à laquelle les choses bougent chez eux. Même pour les situations perçues comme les plus enkystées, lorsque les parents s’emparent des bons outils et apportent les réponses appropriées à leurs enfants, les problèmes se dénouent et la famille respire à nouveau.

La dernière illustration est celle d’un couple, parents de trois enfants de 6 mois, 3 et 5 ans, qui assistent à leur troisième session des Ateliers de Discipline Positive que j’anime le mardi soir chez moi. Leurs matinées sont devenues un enfer depuis que leurs deux aînés, chaque matin, se disputent la même chaise à la table du petit déjeuner. Et tous les parents de jeunes enfants savent combien un objet aussi anodin qu’une chaise peut parfois être une étincelle et transformer la maison en zone de guerre. La dispute commence dès le lever. Les enfants se poussent dans l’escalier pour descendre en premier et récupérer LA chaise. Et puisque l’objet de la dispute paraît minime voire ridicule, le parent chaque matin pense, en toute logique, qu’il va réussir à raisonner ses enfants. Ils ne vont tout de même pas se faire tomber dans les escaliers pour une place à table!! C’est omettre que les enfants ne partagent pas notre logique interne puisque chacun de nous possède sa propre logique.

La raison n’obtiendra pas gain de cause ici-bas. Il faudra passer par plusieurs étapes pour que les parents puissent démarrer leur journée tranquillement avec leurs enfants. Première étape : rechercher ensemble des solutions en fonction de ce que ressentent parents et enfants au moment de la dispute. Les réponses à apporter s’élaborent en fonction des émotions. Tantôt l’enfant aura besoin de prendre le pouvoir, tantôt il aura besoin d’attirer l’attention, tantôt il sera en souffrance et voudra le faire payer aux autres et tantôt il se sentira incapable et nul. Et tant que nous ne sommes pas passés par l’élaboration du diagnostic, nous ne pouvons prescrire le bon remède.

Poser des questions de curiosité en les mettant dans le même bateau

Après l’analyse des émotions éprouvées par les parents et les enfants, ce couple a mis en place deux actions qui ont tout de suite fonctionné. La première a consisté à poser des questions de curiosité aux deux enfants en les mettant bien tous les deux dans le même bateau. Les parents ont ainsi découvert pourquoi les chaises faisaient l’objet d’une telle convoitise. Les questions de curiosité, les plus ouvertes possibles, révèlent toujours leur lot de surprises et apaisent considérablement les tensions. Et la deuxième proposition faite aux enfants a été de personnaliser leurs deux chaises en y accrochant des dessins ou un tissu. Les enfants se sont pris au jeux. Ils se sont sentis écoutés, rejoints et connectés à leurs parents qui enfin prenaient leur problème au sérieux. Et ils ont pu s’investir et s’impliquer dans la personnalisation de leur place à table. Les solutions ont répondu à leur deux besoins fondamentaux chers à Alfred Adler (psychiatre autrichien 1870-1937) : appartenir et contribuer. Les petits déjeuners sont devenus calmes, les enfants se lèvent sereinement et les parents respirent!

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parentale

Mon enfant est insolent

IMG_0179« Voilà, tu as tout fait tomber, idiote, va!« , réprimande un père à sa fille de 8 ans.

« Idiot va! Je te rends la monnaie de ta pièce« , lui répond la jeune fille.

A première vue, cette scène attrapée au vol dans un train, illustre à merveille toute l’insolence qu’un enfant peut exprimer envers son parent. Elle déroge aux principales règles d’éducation :

  1. Tu ne répondras pas à un adulte
  2. Tu n’insulteras pas ton père ou ta mère

Oui mais ces deux règles sont-elles valables lorsque le parent lui-même insulte l’enfant, l’humilie en public (dans le train, et suffisamment fort pour que sa voisine de devant  – moi en l’occurence – l’entende, mais j’imagine aussi la voisine de droite, de derrière, etc.) l’empêchant toute possibilité de réparer éventuellement son erreur. Car les principes et les règles sont une chose, mais l’éducation est avant tout l’apprentissage de valeurs, celle de respect mutuel (enfant, adultes, animaux, objets…), de compétences psycho-sociales (réparer ses erreurs, nettoyer, ramasser, ranger, s’excuser…). Et pour que l’enfant acquiert ces compétences et ces valeurs, le parent est son modèle. Grâce à nos neurones miroirs dont nous sommes tous et toutes équipés, l’enfant va répéter ce que le parent fait. S’il hurle sur les voitures qui n’avancent pas, il apprend à son enfant que pour faire avancer les autres, il faut leur hurler dessus.

Pourquoi cette jeune fille a t-elle répondu à son père? Avait-elle le choix? Son père lui a t-il laissé l’opportunité de ramasser ce qu’elle avait fait tomber avant de la condamner à l’idiotie? Jane Nelsen, Docteur en Psychologie, auteur de la Discipline Positive, souligne que pour que l’enfant fasse mieux, il faut d’abord qu’il se sente mieux. Il ne s’agit pas de le féliciter d’avoir fait tomber des choses par-terre, mais de le guider pour qu’il répare et éventuellement s’excuse s’il avait été prévenu qu’il ne fallait surtout pas toucher à ces objets, s’il a désobéi, etc.

Quel est notre objectif en tant que parent quand nos enfant font des erreurs? Si c’est que cela ne se reproduise plus, l’humiliation et les insultes sont totalement inefficaces. Cela ne nourrira qu’un esprit de revanche (« je te rends la monnaie de ta pièce »), de retrait, de rébellion. On peut appeler cela de l’insolence, mais examinons d’abord le message que nous avons envoyé à notre enfant pour qu’il se conduise ainsi et les messages que nous envoyons aux autres et qu’il observe toute la journée. Nous sommes leurs modèles, dans un sens comme dans l’autre.

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parental

 

 

« J’ai oublié de dire bonjour »

IMG_8084« En France, un enfant qui ne dit pas bonjour, merci ou s’il vous plaît est considéré comme un enfant mal élevé ». C’est ce que me confie une mère venue assister à une initiation à la Discipline Positive que j’anime à l’école Montessori Bilingue d’Audrey Lanj (Paris 17). Réduire l’éducation de toute une vie à trois mots dits « magiques »… Une autre maman dont l’accent chante l’Amérique du Sud va encore plus loin en racontant qu’un jour, en offrant une chouquette à un enfant accompagné de sa mère, cette dernière a tellement insisté pour que l’enfant dise « merci » avec un ton si humiliant, qu’elle en a regretté de les lui avoir proposées. Comment en sommes-nous arrivés là je ne sais pas, mais pour ma part, je propose d’en sortir pour accéder à des valeurs un peu plus larges et profondes.

S’il est important d’apprendre à un enfant à dire « bonjour, merci et s’il vous plaît », ce qui n’a rien à voir avec la magie mais plutôt aux usages car cela lui apprend le respect de l’autre, l’ouverture, la communication, l’échange, il y a différentes façons de s’y prendre. Et la toute première est selon moi de se défaire de la pression sociale et du regard de l’autre. Quand un membre de votre propre famille ne rate pas une occasion de souligner « tes enfants ne disent pas bonjour« , j’en témoigne, c’est à la fois vexant, frustrant et profondément agaçant. Et on ne sait pas si on en veut davantage à ses enfants qu’à ses proches qui nous le font remarquer.

Mais pourquoi ne dit-il pas bonjour?

Ce n’est pas faute de le lui répéter bêtement et machinalement comme une rengaine « Qu’est-ce qu’on dit », « Tu-dis-bonjour-Madame », « Je-n’ai-pas-entendu », « Merci-qui? » et autres joyeusetés. La répétition ne fonctionne pas (ou très peu). Soit. Hier mon fils de six ans rencontre pour la première fois le papa d’une de ses amies, ils se parlent. Je lui demande plus tard s’il lui a dit bonjour et mon fils me répond « j’ai oublié »! Un enfant de six ans peut donc communiquer avec quelqu’un en omettant totalement de le saluer. Pour nous, adultes, cela n’arriverait pas, mais pour les enfants encore petits ça n’est pas aussi naturel. Ce papa a t-il pensé que mon fils était mal élevé? Peut-être. Dois-je lui faire faire des cours de rattrapage et le faire copier 100 fois « tu diras bonjour à tout adulte que tu croises »? A l’évidence, je dois pouvoir trouver des moyens plus efficaces pour qu’il intègre ces notions de façon intelligente et constructive mais surtout, j’ai très envie de consacrer du temps d’apprentissage ailleurs, sur des valeurs fondamentales et inscrire ces formules de politesse dans un contexte beaucoup plus large.

Si mon enfant ne dit pas bonjour, c’est aussi peut-être parce que l’adulte ne lui a pas dit bonjour, ou en tout cas n’a pas essayé de rentrer en communication avec l’enfant en se mettant à sa portée. Pour qu’un enfant soir réceptif, il a besoin d’une connexion. Si l’adulte prenait la peine de s’accroupir et de regarder l’enfant dans les yeux  en lui disant bonjour, il y a fort à parier que l’enfant en retour ne resterait pas muet. Mais dans la vie, nous demandons à nos enfants de dire bonjour à des adultes qui font deux fois leur taille, qui ne les entendent pas ni ne les regardent. « Dis bonjour au mur, chéri! Bonjour MONSIEUR Mur ». Aujourd’hui nous apprenons à dire bonjour à nos enfants comme une case qu’on valide. L’autre jour un papa dit très fort à son enfant dans la boulangerie « Bonjour MADAME », pas tant pour que l’enfant communique avec la boulangère mais davantage pour que tout le monde valide bien qu’il appartenait à la famille des « bien élevés ». Nous voulons que nos enfants disent bonjour pour être nous-mêmes considérés comme bien élevés. Et j’ai appris hier soir que c’était culturel et très français, puisque cela peut interpeller les parents étrangers.

J’ai vu des enseignants exiger de leurs élèves de les regarder dans les yeux pour leur dire bonjour (ça marche aussi pour au revoir), sans réaliser que pour que les yeux situés à 1 mètre du sol aient une chance de rencontrer les yeux situés à 1 mètre 75, il allait falloir y mettre du sien (ou pas)…

Ne lâchons rien sur le respect mutuel, la curiosité et l’ouverture à l’autre. Mais ces valeurs ne se résument pas à trois mots. Lâchons sur « Bonjour » et voyons ce qu’il se passe. Essayons de voir si on peut passer d’une répétition automatique sans fondement, à un désir de se connecter à l’autre, à condition que le récepteur soit . Il est tellement plus intéressant que notre enfant ait envie de rentrer en communication avec l’autre, adulte ou pair, qu’en lançant un « bonjour », pour faire bien et passer à autre chose. C’est une bonne leçon pour nous adultes aussi. Prenons-nous le temps de regarder l’autre dans les yeux quand nous lui disons bonjour? Notre « comment tu vas » se préoccupe t-il vraiment de l’état psychique et physique de notre interlocuteur? Et si nous commencions à échanger pour de vrai et non plus pour faire bien? Etant modèles de nos enfants, ils pourraient avoir envie de nous imiter.

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parentale

julie.renauld.millet@gmail.com

Initiation à la DP à l’école Montessori bilingue Paris 17

unnamedL’école Montessori Bilingue qui vient d’ouvrir ses portes à la rentrée 2018 m’accueille le lundi 18 février à 19 heures pour une initiation à la Discipline Positive, ouverte aux parents. Ce sera l’occasion de mieux comprendre comment fonctionnent nos enfants, quelles sont les compétences psycho-sociales dont ils ont besoin pour trouver leur équilibre, comment se faire entendre sans crier, sans punir, et construire une vie de famille sereine et joyeuse.

Entrée payante, places limitées. Vous pouvez vous inscrire auprès de Audrey Lanj, fondatrice de l’école Montessori Bilingue, 33 bd Berthier, Paris 17. Audreylanj@gmail.com

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coaching parental.

Quand faire pipi déclenche l’alarme!

Je découvre sur un forum ce matin, une maman qui revend l’alarme énurésie de son enfant « très peu servie ». Va t-elle faire des heureuses…? J’espère que non. Car si cet appareil dont j’ignorais l’existence jusque là, a fonctionné pour certains, je me pose la question suivante : jusqu’où les parents sont-ils prêts à aller pour résoudre les problèmes que rencontrent leurs enfants?

Dès que l’enfant commence à faire pipi dans sa culotte, l’alarme se déclenche, le réveille, réveille ses parents et tous se retrouvent aux toilettes à minuit 50. Je ne nie pas que les épisodes d’énurésie sont handicapants et impactent toute la vie de famille. Tout ce qui concerne la nuit et le sommeil décuple l’envie d’en sortir. Quand on voit que le problème persiste, il faut aller faire des examens médicaux, l’inquiétude croît et les parents ainsi que l’enfant traversent une période douloureuse, complexe et angoissante. On ne parle plus que de ça, on est prêt à tout essayer.

Mais je ne peux pas m’empêcher d’imaginer alors un système de ceinture de sécurité pour que l’enfant reste assis à table jusqu’à la fin du repas, une sangle pour que l’enfant reste dans son lit et ne se relève pas le soir ou la nuit et pourquoi pas un petit appareil qui enverrai de toutes petites décharges électriques quand l’enfant se met à crier, déclenchées au-delà d’un certain nombre de décibels. Cela ferait la joie de mes voisins!

L’alarme énurésie, qui promet un suivi par téléphone, a pu aider des familles et tant mieux. Mais je crois trop en l’être humain et en sa capacité de résilience pour accepter l’ingérence d’un boitier sans fil dans un des gestes les plus intimes qui soit. Non ce n’est pas un signal sonore qui va me dire d’aller faire pipi! Je vais le décider et on peut m’y aider en travaillant avec des thérapeutes compétents, mais certainement pas en m’installant un boîtier dans la culotte…

Julie Renauld Millet

 

 

Il est gâté et c’est tant mieux!

IMG_1320« Moi je veux une poupée qui parle, des patins à roulettes, une machine pour faire des glaces en pâte à modeler, un coffret de bijoux, un food truck Playmobil, une peluche en forme de tigre, un déguisement.… » Nous sommes en pleine période de listes au Père Noël et on ne les arrête plus! Toutes les vitrines des magasins nous font de grands signes pour entrer, les rues sont illuminées, les sapins investissent les trottoirs et les petits Père Noël commencent à sortir de leurs boîtes. C’est une période magique pour les enfants qui ne dure qu’un mois ou deux et qu’ils attendent parfois depuis six mois. C’est le temps de l’insouciance, des rêves, des fantasmes. « Est-ce le Père Noël qui fabrique les cadeaux?« , « Passe-t-il dans toutes les familles?« , « Le Père Noël qu’on voit au supermarché est-il le même que celui qui vient dans notre cheminée?« , « Si on n’a pas de cheminée, comment fait le Père Noël pour entrer chez nous?« … Rêvons, rêvons, rêvons. Bien vite, la réalité les rattrapera, la magie retombera pour faire place à la vague de surconsommation qui nous envahit tout le mois de décembre et qui nous laisse à tous un goût amer.

Et pour que la magie de Noël soit pleine et entière, qu’elle se prolonge au moins jusqu’à l’âge de raison, rêvons avec eux. Mettons de côté les petites phrases sarcastiques comme « Et bien il n’est pas gâté cet enfant!« , « Houlala, il n’y en n’a pas un peu trop de cadeaux?« , « Encore!« , « Ha ça! Tu en as des jouets!« . Contrairement à ce que nous pourrions espérer, nos remarques envoyées comme des freins à la surconsommation, comme un message qui sous-entendrait combien il faut bien profiter d’être ainsi choyé parce qu’il y a des enfants, eux, qui n’ont rien d’autre qu’une orange, n’ont absolument aucune utilité ni le moindre impact au moment où l’enfant déchire à toute vitesse son paquet avant de passer à un autre, puis à un autre. C’est cela la joie de Noël. L’enfant a ouvert une à une les portes de son calendrier de Noël, il a patienté, espéré. Et on sait combien le temps est long pour eux quand ils demandent « c’est quand qu’on arrive? » après 15 minutes de voyage, imaginez 25 jours de portes, plus tout le mois de novembre depuis que la température est passée en dessous de 5 degrés et que ça sent l’hiver. Quand le grand jour arrive, c’est la folie! Il n’y a plus rien de raisonnable!

Si nous les avons élevés en leur transmettant la conscience et l’importance de regarder autour de soi, de savourer le confort que d’autres n’ont pas et d’imaginer des petites choses qui pourraient aider les autres au quotidien, nous faire produire moins de déchets et mieux respecter la planète, alors faisons leur confiance, ils retrouveront cette conscience dès le mois de Janvier. Ce n’est pas en leur disant que d’autres n’ont rien, que ceux qui n’ont rien auront davantage. Et ce n’est surtout pas en passant par la culpabilité que nous leur donnerons envie de partager.

Le 24 décembre, réjouissons-nous pleinement avec eux, admirons leurs yeux qui brillent, nourrissons-nous un peu de leur frénésie que nous avons perdue pour ouvrir à notre tour nos présents avec la même envie. Laissons-nous contaminer par la magie de Noël!

Cette boule dans la gorge

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Elle part du ventre, puis elle remonte le long de l’oesophage. Elle coupe la respiration, la salive. On a envie de l’expulser, alors les larmes montent et ça tire dans le cou. Je suis au milieu de la circulation avec mon bi-porteur. Si je pleure, je ne verrai plus rien. Alors je déglutis, je respire et j’avance.

C’est formidable de créer du lien avec ses enfants. Cette corde de tendresse et d’amour absolu qui nous tient bien serrés les uns contre les autres. Mais c’est une toute autre histoire de détendre l’élastique pour laisser nos amours franchir le portail puis la cour de l’école. Mon Dieu qu’il est difficile de voir partir mes enfants ce matin, chacun dans une nouvelle école. Tous mes souvenirs remontent. Ma première fois à l’école maternelle belge, ma première fois en CE2 au Maroc, ma première fois au collège, puis l’arrivée à Alger en 5è, puis l’évacuation vers Neuilly pour finir l’année, mon retour à Bruxelles, mon arrivée à Paris pour mes études. Bref toutes ces nouvelles écoles où il faut combattre sa timidité, prendre sur soi, aller vers les autres. On se sent seuls au monde, tout petits entourés de bâtiments qui font 100 mètres de hauteur. Vers qui aller? Qui va me sourire? Qui va me parler? Qu’est-ce que je vais faire si je suis perdue? Est-ce que je n’ai pas oublié des affaires? Comment s’appelle ma maîtresse? Qu’est-ce que je fais si personne ne me parle de la journée? Que faire si cela dure 2 mois hormis pleurer tous le soirs comme je l’ai vécu à Alger?

Ce matin, devant le portail de l’école, je vois mon petit bonhomme de 5 ans et demi se décomposer, me dire qu’il est trop fatigué pour aller à l’école, ses larmes le submerger. Autour de nous tout le monde se connaît, les mères sont enthousiastes de se retrouver. Elles discutent, s’installent au café d’en face. Quelles joie et bonne humeur autour de nous qui sommes… seuls au monde, d’une tristesse infinie, entourés de ces bâtiments qui font 100 mètres de haut.

Il y a surement d’autres nouveaux élèves dans cette école, mon fils n’est certainement pas le seul. Ce serait tellement formidable que les nouveaux soient entourés les premiers jours, guidés, accompagnés, accueillis. Il suffit de quelques jours, et très vite ils ne seront plus nouveaux. Mais ces quelques jours sont tellement cruciaux et douloureux.

Oui c’est sûr, il y a pire souffrance, pire douleur. Oui mais ce sentiment-là a creusé son sillon pour être encore aussi envahissant 30 ans plus tard!

Alors sans doute y a t-il des enfants qui foncent en courant à l’école, nouvelle ou pas. Des enfants qu’on fait descendre de la voiture et à qui on fait un coucou de la main. Des mamans qui partent le nez au vent. Et à cet instant bien sûr je les envie un peu.

Ma fille aussi est dans une nouvelle école, mais elle, je la sens plus tenace, plus enthousiaste. Je l’accompagne avec autant de tendresse et la rassure au maximum mais je sais que cela va bien se passer pour elle.

Gaspard, lui, c’est mon clone. Je le réalise chaque jour un peu plus quand je le regarde et l’écoute. Comme moi il ne remplit aucun de ses pantalons, et pour cause, il n’a jamais une faim de loup. Une sensibilité à fleur de peau. Cette nuit je n’ai pas dormi, il est venu dans mon lit à 5H45. Et ce matin je lui dis « laisses tes lèvres tranquilles, elles sont toutes abîmées« , et à peine prononcé cette phrase je me réalise que je suis en train de pincer mes lèvres aussi forts que je serre sa main!

Cette boule dans la gorge c’est toute l’énergie de solitude, de tristesse et d’anxiété que j’ai absorbée ce matin, qui est passée de lui à moi, de moi à lui. Tout est remonté. Tout redescendra surement. Il sera enthousiaste quand j’irai le chercher et demain matin, je devrai sans doute remettre de l’énergie pour lui donner le courage d’affronter les premières marches.

Le lien crée aussi de la souffrance, c’est le revers de la médaille malheureusement!

J’espère de tout mon coeur qu’un jour, dans toutes les écoles, on accueillera les nouveaux élèves, ils seront parrainés, ils auront un ou deux guides, on leur tendra la main. Je suis certaine que dans toutes les écoles, il y a des enfants qui seraient ravis d’endosser ce rôle. Il suffirait que le directeur ou la directrice se souvienne de ces premiers moments dans la cour ou comprennent à quel point cela peut être difficile pour certains. Et non ça ne forge pas le caractère, ça n’endurcit pas, ça ne permet pas de devenir meilleur. Je suis convaincue que si je m’étais sentie un peu plus accueillie lors de toutes ces premières fois, ce serait moins douloureux de le revivre en écho à 37 ans… J’encourage beaucoup mes enfants à sourire aux nouveaux quand ils n’occupent pas cette place, à aider les plus petits. A tel point que ma fille hier m’a dit « mais maman, la maîtresse va me gronder si c’est moi qui dit à Victor ce qu’il doit faire » quand je l’invitais à aider un petit qui pleurait. Chacun sa place, certes, mais nos enfants gagneront beaucoup à créer du lien entre eux, même si parfois, c’est un peu coûteux.

Julie Renauld Millet, thérapeute familiale

julie.renauld.millet@gmail.com

Une maman bienveillante qui en a marre de se faire engueuler!

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Que d’agressivité sur les routes, les trottoirs, les voies privées! Hier j’ai expliqué à mon fils de 5 ans ce qu’était l’injustice. Il m’a vue tellement contrariée après m’être fait secouer par le curé de la paroisse près de laquelle se trouve son école et devant laquelle nous devons passer chaque jour, que je lui devais des explications.

« Quand on a l’impression de tout faire pour respecter les autres, les lieux. Qu’on se fait discret, qu’on met son vélo sur le côté (cf photo), le temps que tu sortes de l’école. Qu’on ne le laisse jamais seul, ni plus de 10 minutes. Qu’on dit pardon, merci, attention. Que par ailleurs on explique à ses enfants et aux autres qu’il faut bien respecter cette petite cour, son arbre, ses arbustes, etc. et qu’après tout cela, on a un Monsieur qui continue à nous dire que nous n’avons rien à faire ici, c’est consternant, contrariant et injuste! »

Première année de scolarité de mon fils, le curé de la paroisse me coupe mon cadenas de trottinette pendant que je suis à une réunion  de parents. Je sors de l’école : plus de trottinette! Je l’avais garée derrière une poubelle pour qu’elle ne gêne pas. Deuxième année, il m’explique que je ne dois pas rouler à vélo parce qu’il y a des enfants et que c’est dangereux (j’en porte deux dans ma remorque). Soit. Je réduis encore plus ma vitesse en arrivant (je passe de 2 km/h à 1,5) et j’ai un pied à terre. Troisième année il m’explique que l’accès à la Résidence est totalement interdit aux vélos, comme indiqué sur le panneau (qui n’a jamais existé, comme j’ai pu le lui faire constater) et que je dois garer mon vélo dans la rue.

C’est décourageant quand on fait tant d’efforts de respect d’autrui et tellement contre productif, parce que ça ne me donne qu’une seule envie : laisser mon vélo en plein milieu de sa cour, toute une journée, avec un panneau injurieux. Je ne le ferai pas car je sais qu’il est capable d’appeler la fourrière, de me crever les pneus ou que sais-je et que si je fais tous ces efforts c’est pour ne pas gêner les autres, donc je suis trop bien élevée pour changer.

Avec tous ces rabats joie qui inventent des règles qui ne servent à rien, qui me hurlent dessus quand mon fils de 5 ans roule à vélo sur un trottoir, à 2 à l’heure, en disant pardon tous les 10 mètres et en laissant toute la place pour que les piétons et poussettes passent, (sachant que c’est autorisé jusqu’à 12 ans, surtout avec le peu de pistes cyclables qui existent dans Paris), qui me hurlent dessus aussi si nous sommes en trottinette sous prétexte que c’est dangereux, il faut beaucoup, beaucoup de self control, de joie de vivre, et d’éducation pour continuer à prendre soin des autres quand on reçoit autant d’agressions quotidiennes.

Il y a d’autres combats à mener bien plus importants que de faire la guerre à une mère de famille à vélo avec ses enfants, non??? C’est un comble pour le moyen de transport le plus pacifique! Je précise que je n’ai pas un vélo de course qui traverse Paris comme une fusée, je suis en mode casque-gilet-jaune-trompette-et-enfants!

Julie Renauld Millet, maman bienveillante mais pas que!

Apprenons à dire oui!

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Une mamy dit un jour à sa petite fille de 18 mois, en pleine phase d’opposition :

« Alors toi au moins tu sais dire non! Ce n’est pas comme ta mère! »

La perception de cette mamy était que sa fille ne savait pas dire non à sa propre fille. Et si, au fond, cette maman avait fait le choix de dire « oui »…?

La vie d’un enfant, dès lors qu’il commence à crapahuter est ponctuée de « non ».

« Non te touche pas la prise« , « non ne porte pas cela à ta bouche« , « non ne touche pas c’est chaud« . Les limites autour de la sécurité, du danger, sont les premières que les parents installent. Puis viennent celles du respect des autres, du cadre, de soi, des horaires, des contraintes multiples et régulières que nous apporte la vie.

  • Doté de ce film de protection, l’enfant était autorisé à découvrir le monde

L’enfant entend ce « non » dès son plus jeune âge, que nous soyons laxistes ou prévenants, autoritaires ou bienveillants, ou les quatre à la fois. Et le « oui »…? Dans quelle mesure le prononçons-nous? C’est la question que s’est très tôt posée cette maman quand ses enfants ont commencé à grandir. A quel moment je prononce « oui », un « oui » de liberté, d’autorisation. Le « oui » qui permet d’escalader, d’ouvrir un tiroir pour voir ce qu’il y a dedans, de se servir de l’eau avec une bouteille bien remplie, d’apporter des verres qui cassent à table, de grimper aux arbres, de retourner les pommes de terre dans la poêle… Cette maman avait dessiné son cadre de sécurité et les limites que nous venons de citer. Expliqué à son enfant quels étaient les dangers, les risques. Et doté de ce film de protection, son enfant était autorisé à découvrir le monde, à expérimenter, à grimper plus haut, à se tromper même parfois, à réparer donc, à éponger, aspirer, ramasser…

Non seulement cette maman savait dire « non », mais elle savait aussi dire « oui ».

  • A quel point projetons-nous nos craintes?

Dire « non », est somme toute très naturel et instinctif, surtout avec un enfant qui n’a qu’une envie, celle de conquérir le monde. Mais à quel point projetons-nous sur lui nos propres craintes? Quel danger court-il finalement? Quel risque je prends à lui laisser la bouteille pour qu’il se serve…? Mes croyances ne sont-elles pas limitantes?

Dire « oui » n’est pas si facile. Or bien souvent ce « oui » nous fait gagner tellement de temps. En pleine nuit, ma fille de 3 ans, avec 40 de fièvre me dit « j’ai faim« . Je commence par lui dire « non ce n’est pas l’heure, c’est la nuit, tu ne vas pas manger à cette heure-ci« . Elle répète plus fort et commence à s’énerver « j’ai faim« . Je décide alors de lui répondre « Ho oui tu as faim!« . Et… elle se tait!

Que s’est-il passé? J’ai validé son besoin, je l’ai écoutée, j’ai cessé de justifier, d’expliquer… Elle, ce qu’elle voulait, c’était être entendue, comprise et finalement, cela l’a rassasiée…!

Dire « oui » ne veut pas dire tout autoriser et transformer notre enfant en tyran. Mais le « oui » est souvent bien plus efficace que l’engrenage de la lutte de pouvoir.

« Maman, tu m’achètes un journal? »

« Non chéri, je t’en ai déjà acheté un hier »

« Mais MAMAAAAAN, je VEUX un journal, je VEUX un journal, il est trop bien celui-là, je ne l’ai pas. S’il te plaîîîîîîît!!!!!!!!! »

« Ha oui, il a l’air super bien ce journal et tu le veux vraiment! De quoi aurais-tu envie d’autre…? Moi j’ai envie d’une glace! J’ai hâte qu’il fasse beau et chaud pour qu’on s’offre une glace tous les deux. »

Fin de la négociation. L’enfant est entendu, compris. Sa maman partage son émotion et fabrique une envie commune qui peut se transformer en bon moment à vivre ensemble plus tard. L’enfant et la maman sont gagnants.

Apprendre à dire « oui », est une bonne gymnastique. Au-delà d’ouvrir le champs des possibles, c’est souvent un bon moyen d’arriver à nos fins respectives. Le « oui » a tout autant d’impact s’il est suivi de « oui demain« , « oui 5 minutes« , « oui dans 5 minutes« , « oui, bonne idée pour ton anniversaire« . Bien plus d’impact que « non! Tu vois bien que j’ai les mains pleines« , « Non je suis trop fatiguée« , « Non tu es déjà beaucoup trop gâté« … ça se tente!

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique. Accompagnement Parents Enfants