« Ils ne se disputent plus pour une chaise! »

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Voilà trois ans que j’accompagne les familles et je reste émerveillée par les progrès et les changements concrets qu’ils me confient. Je suis fascinée tout d’abord par la vitesse à laquelle les choses bougent chez eux. Même pour les situations perçues comme les plus enkystées, lorsque les parents s’emparent des bons outils et apportent les réponses appropriées à leurs enfants, les problèmes se dénouent et la famille respire à nouveau.

La dernière illustration est celle d’un couple, parents de trois enfants de 6 mois, 3 et 5 ans, qui assistent à leur troisième session des Ateliers de Discipline Positive que j’anime le mardi soir chez moi. Leurs matinées sont devenues un enfer depuis que leurs deux aînés, chaque matin, se disputent la même chaise à la table du petit déjeuner. Et tous les parents de jeunes enfants savent combien un objet aussi anodin qu’une chaise peut parfois être une étincelle et transformer la maison en zone de guerre. La dispute commence dès le lever. Les enfants se poussent dans l’escalier pour descendre en premier et récupérer LA chaise. Et puisque l’objet de la dispute paraît minime voire ridicule, le parent chaque matin pense, en toute logique, qu’il va réussir à raisonner ses enfants. Ils ne vont tout de même pas se faire tomber dans les escaliers pour une place à table!! C’est omettre que les enfants ne partagent pas notre logique interne puisque chacun de nous possède sa propre logique.

La raison n’obtiendra pas gain de cause ici-bas. Il faudra passer par plusieurs étapes pour que les parents puissent démarrer leur journée tranquillement avec leurs enfants. Première étape : rechercher ensemble des solutions en fonction de ce que ressentent parents et enfants au moment de la dispute. Les réponses à apporter s’élaborent en fonction des émotions. Tantôt l’enfant aura besoin de prendre le pouvoir, tantôt il aura besoin d’attirer l’attention, tantôt il sera en souffrance et voudra le faire payer aux autres et tantôt il se sentira incapable et nul. Et tant que nous ne sommes pas passés par l’élaboration du diagnostic, nous ne pouvons prescrire le bon remède.

Poser des questions de curiosité en les mettant dans le même bateau

Après l’analyse des émotions éprouvées par les parents et les enfants, ce couple a mis en place deux actions qui ont tout de suite fonctionné. La première a consisté à poser des questions de curiosité aux deux enfants en les mettant bien tous les deux dans le même bateau. Les parents ont ainsi découvert pourquoi les chaises faisaient l’objet d’une telle convoitise. Les questions de curiosité, les plus ouvertes possibles, révèlent toujours leur lot de surprises et apaisent considérablement les tensions. Et la deuxième proposition faite aux enfants a été de personnaliser leurs deux chaises en y accrochant des dessins ou un tissu. Les enfants se sont pris au jeux. Ils se sont sentis écoutés, rejoints et connectés à leurs parents qui enfin prenaient leur problème au sérieux. Et ils ont pu s’investir et s’impliquer dans la personnalisation de leur place à table. Les solutions ont répondu à leur deux besoins fondamentaux chers à Alfred Adler (psychiatre autrichien 1870-1937) : appartenir et contribuer. Les petits déjeuners sont devenus calmes, les enfants se lèvent sereinement et les parents respirent!

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parentale

Mon enfant est insolent

IMG_0179« Voilà, tu as tout fait tomber, idiote, va!« , réprimande un père à sa fille de 8 ans.

« Idiot va! Je te rends la monnaie de ta pièce« , lui répond la jeune fille.

A première vue, cette scène attrapée au vol dans un train, illustre à merveille toute l’insolence qu’un enfant peut exprimer envers son parent. Elle déroge aux principales règles d’éducation :

  1. Tu ne répondras pas à un adulte
  2. Tu n’insulteras pas ton père ou ta mère

Oui mais ces deux règles sont-elles valables lorsque le parent lui-même insulte l’enfant, l’humilie en public (dans le train, et suffisamment fort pour que sa voisine de devant  – moi en l’occurence – l’entende, mais j’imagine aussi la voisine de droite, de derrière, etc.) l’empêchant toute possibilité de réparer éventuellement son erreur. Car les principes et les règles sont une chose, mais l’éducation est avant tout l’apprentissage de valeurs, celle de respect mutuel (enfant, adultes, animaux, objets…), de compétences psycho-sociales (réparer ses erreurs, nettoyer, ramasser, ranger, s’excuser…). Et pour que l’enfant acquiert ces compétences et ces valeurs, le parent est son modèle. Grâce à nos neurones miroirs dont nous sommes tous et toutes équipés, l’enfant va répéter ce que le parent fait. S’il hurle sur les voitures qui n’avancent pas, il apprend à son enfant que pour faire avancer les autres, il faut leur hurler dessus.

Pourquoi cette jeune fille a t-elle répondu à son père? Avait-elle le choix? Son père lui a t-il laissé l’opportunité de ramasser ce qu’elle avait fait tomber avant de la condamner à l’idiotie? Jane Nelsen, Docteur en Psychologie, auteur de la Discipline Positive, souligne que pour que l’enfant fasse mieux, il faut d’abord qu’il se sente mieux. Il ne s’agit pas de le féliciter d’avoir fait tomber des choses par-terre, mais de le guider pour qu’il répare et éventuellement s’excuse s’il avait été prévenu qu’il ne fallait surtout pas toucher à ces objets, s’il a désobéi, etc.

Quel est notre objectif en tant que parent quand nos enfant font des erreurs? Si c’est que cela ne se reproduise plus, l’humiliation et les insultes sont totalement inefficaces. Cela ne nourrira qu’un esprit de revanche (« je te rends la monnaie de ta pièce »), de retrait, de rébellion. On peut appeler cela de l’insolence, mais examinons d’abord le message que nous avons envoyé à notre enfant pour qu’il se conduise ainsi et les messages que nous envoyons aux autres et qu’il observe toute la journée. Nous sommes leurs modèles, dans un sens comme dans l’autre.

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parental

 

 

Initiation à la DP à l’école Montessori bilingue Paris 17

unnamedL’école Montessori Bilingue qui vient d’ouvrir ses portes à la rentrée 2018 m’accueille le lundi 18 février à 19 heures pour une initiation à la Discipline Positive, ouverte aux parents. Ce sera l’occasion de mieux comprendre comment fonctionnent nos enfants, quelles sont les compétences psycho-sociales dont ils ont besoin pour trouver leur équilibre, comment se faire entendre sans crier, sans punir, et construire une vie de famille sereine et joyeuse.

Entrée payante, places limitées. Vous pouvez vous inscrire auprès de Audrey Lanj, fondatrice de l’école Montessori Bilingue, 33 bd Berthier, Paris 17. Audreylanj@gmail.com

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coaching parental.

Quand faire pipi déclenche l’alarme!

Je découvre sur un forum ce matin, une maman qui revend l’alarme énurésie de son enfant « très peu servie ». Va t-elle faire des heureuses…? J’espère que non. Car si cet appareil dont j’ignorais l’existence jusque là, a fonctionné pour certains, je me pose la question suivante : jusqu’où les parents sont-ils prêts à aller pour résoudre les problèmes que rencontrent leurs enfants?

Dès que l’enfant commence à faire pipi dans sa culotte, l’alarme se déclenche, le réveille, réveille ses parents et tous se retrouvent aux toilettes à minuit 50. Je ne nie pas que les épisodes d’énurésie sont handicapants et impactent toute la vie de famille. Tout ce qui concerne la nuit et le sommeil décuple l’envie d’en sortir. Quand on voit que le problème persiste, il faut aller faire des examens médicaux, l’inquiétude croît et les parents ainsi que l’enfant traversent une période douloureuse, complexe et angoissante. On ne parle plus que de ça, on est prêt à tout essayer.

Mais je ne peux pas m’empêcher d’imaginer alors un système de ceinture de sécurité pour que l’enfant reste assis à table jusqu’à la fin du repas, une sangle pour que l’enfant reste dans son lit et ne se relève pas le soir ou la nuit et pourquoi pas un petit appareil qui enverrai de toutes petites décharges électriques quand l’enfant se met à crier, déclenchées au-delà d’un certain nombre de décibels. Cela ferait la joie de mes voisins!

L’alarme énurésie, qui promet un suivi par téléphone, a pu aider des familles et tant mieux. Mais je crois trop en l’être humain et en sa capacité de résilience pour accepter l’ingérence d’un boitier sans fil dans un des gestes les plus intimes qui soit. Non ce n’est pas un signal sonore qui va me dire d’aller faire pipi! Je vais le décider et on peut m’y aider en travaillant avec des thérapeutes compétents, mais certainement pas en m’installant un boîtier dans la culotte…

Julie Renauld Millet

 

 

Cette boule dans la gorge

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Elle part du ventre, puis elle remonte le long de l’oesophage. Elle coupe la respiration, la salive. On a envie de l’expulser, alors les larmes montent et ça tire dans le cou. Je suis au milieu de la circulation avec mon bi-porteur. Si je pleure, je ne verrai plus rien. Alors je déglutis, je respire et j’avance.

C’est formidable de créer du lien avec ses enfants. Cette corde de tendresse et d’amour absolu qui nous tient bien serrés les uns contre les autres. Mais c’est une toute autre histoire de détendre l’élastique pour laisser nos amours franchir le portail puis la cour de l’école. Mon Dieu qu’il est difficile de voir partir mes enfants ce matin, chacun dans une nouvelle école. Tous mes souvenirs remontent. Ma première fois à l’école maternelle belge, ma première fois en CE2 au Maroc, ma première fois au collège, puis l’arrivée à Alger en 5è, puis l’évacuation vers Neuilly pour finir l’année, mon retour à Bruxelles, mon arrivée à Paris pour mes études. Bref toutes ces nouvelles écoles où il faut combattre sa timidité, prendre sur soi, aller vers les autres. On se sent seuls au monde, tout petits entourés de bâtiments qui font 100 mètres de hauteur. Vers qui aller? Qui va me sourire? Qui va me parler? Qu’est-ce que je vais faire si je suis perdue? Est-ce que je n’ai pas oublié des affaires? Comment s’appelle ma maîtresse? Qu’est-ce que je fais si personne ne me parle de la journée? Que faire si cela dure 2 mois hormis pleurer tous le soirs comme je l’ai vécu à Alger?

Ce matin, devant le portail de l’école, je vois mon petit bonhomme de 5 ans et demi se décomposer, me dire qu’il est trop fatigué pour aller à l’école, ses larmes le submerger. Autour de nous tout le monde se connaît, les mères sont enthousiastes de se retrouver. Elles discutent, s’installent au café d’en face. Quelles joie et bonne humeur autour de nous qui sommes… seuls au monde, d’une tristesse infinie, entourés de ces bâtiments qui font 100 mètres de haut.

Il y a surement d’autres nouveaux élèves dans cette école, mon fils n’est certainement pas le seul. Ce serait tellement formidable que les nouveaux soient entourés les premiers jours, guidés, accompagnés, accueillis. Il suffit de quelques jours, et très vite ils ne seront plus nouveaux. Mais ces quelques jours sont tellement cruciaux et douloureux.

Oui c’est sûr, il y a pire souffrance, pire douleur. Oui mais ce sentiment-là a creusé son sillon pour être encore aussi envahissant 30 ans plus tard!

Alors sans doute y a t-il des enfants qui foncent en courant à l’école, nouvelle ou pas. Des enfants qu’on fait descendre de la voiture et à qui on fait un coucou de la main. Des mamans qui partent le nez au vent. Et à cet instant bien sûr je les envie un peu.

Ma fille aussi est dans une nouvelle école, mais elle, je la sens plus tenace, plus enthousiaste. Je l’accompagne avec autant de tendresse et la rassure au maximum mais je sais que cela va bien se passer pour elle.

Gaspard, lui, c’est mon clone. Je le réalise chaque jour un peu plus quand je le regarde et l’écoute. Comme moi il ne remplit aucun de ses pantalons, et pour cause, il n’a jamais une faim de loup. Une sensibilité à fleur de peau. Cette nuit je n’ai pas dormi, il est venu dans mon lit à 5H45. Et ce matin je lui dis « laisses tes lèvres tranquilles, elles sont toutes abîmées« , et à peine prononcé cette phrase je me réalise que je suis en train de pincer mes lèvres aussi forts que je serre sa main!

Cette boule dans la gorge c’est toute l’énergie de solitude, de tristesse et d’anxiété que j’ai absorbée ce matin, qui est passée de lui à moi, de moi à lui. Tout est remonté. Tout redescendra surement. Il sera enthousiaste quand j’irai le chercher et demain matin, je devrai sans doute remettre de l’énergie pour lui donner le courage d’affronter les premières marches.

Le lien crée aussi de la souffrance, c’est le revers de la médaille malheureusement!

J’espère de tout mon coeur qu’un jour, dans toutes les écoles, on accueillera les nouveaux élèves, ils seront parrainés, ils auront un ou deux guides, on leur tendra la main. Je suis certaine que dans toutes les écoles, il y a des enfants qui seraient ravis d’endosser ce rôle. Il suffirait que le directeur ou la directrice se souvienne de ces premiers moments dans la cour ou comprennent à quel point cela peut être difficile pour certains. Et non ça ne forge pas le caractère, ça n’endurcit pas, ça ne permet pas de devenir meilleur. Je suis convaincue que si je m’étais sentie un peu plus accueillie lors de toutes ces premières fois, ce serait moins douloureux de le revivre en écho à 37 ans… J’encourage beaucoup mes enfants à sourire aux nouveaux quand ils n’occupent pas cette place, à aider les plus petits. A tel point que ma fille hier m’a dit « mais maman, la maîtresse va me gronder si c’est moi qui dit à Victor ce qu’il doit faire » quand je l’invitais à aider un petit qui pleurait. Chacun sa place, certes, mais nos enfants gagneront beaucoup à créer du lien entre eux, même si parfois, c’est un peu coûteux.

Julie Renauld Millet, thérapeute familiale

julie.renauld.millet@gmail.com

La réponse est en eux

IMG_3820Je suis fascinée par le pouvoir de l’observation de son enfant. En ce moment, je répète à mon fils de bientôt 6 ans, lorsqu’il essaie de déchiffrer un mot de son livre en regardant le ciel, que la réponse est dans son livre. S’il veut lire un mot, il n’a rien d’autre à faire que regarder ce mot. Et pourtant, comme c’est un intuitif, il a envie de relever la tête pour y chercher des liens, des images, des correspondances… bref, tout ce que moi je ne vois pas et auquel je n’aurai jamais accès! Et bien pour les enfants c’est exactement pareil.

Louise, 4 ans, est en train de coller des vignettes dans un album avec son papa et son grand frère. Je suis dans la cuisine et j’entends le ton monter. Son papa explique à Louise que la vignette qu’ils viennent de coller est bien à sa place. Son grand frère lui montre que la vignette porte le même numéro que celui de la page concernée. Tous s’acharnent à raisonner, à détailler la logique, la réalité des faits. « Mais je t’assure Louise que c’est la bonne vignette! Mais enfin, je suis ton père, fais-moi confiance!« . Et Louise de continuer à s’opposer, et à tenter de décoller cette vignette par tous les moyens. Plus les garçons l’en empêchent, et plus Louise s’énerve. La colère monte, le ton aussi. Mon mari décide de tirer la sonnette d’alarme et m’appelle pour que je les sorte de cette impasse! Peut-être que moi, j’aurais le bon code d’accès pour le lui faire comprendre… De loin, je ne sais pas ce qui se joue. Je comprends juste qu’ils sont tous très énervés.

J’arrive sur les lieux de l’agacement collectif, je commence par mettre l’album et les autocollants en face de ma fille, et non pas devant son père et son frère. Ce sont les siens, c’est elle qui doit être aux commandes. Et je demande à Louise très calmement, sans aucun préjugé : « Qu’est-ce que tu veux faire avec cette vignette?« . Elle me répond tout aussi calmement et clairement : « Je voulais la coller moi-même!« .

On la décolle ensemble, elle la recolle toute seule, et l’affaire est classée.

« Je voulais la coller moi-même »

Que s’est-il passé? Les garçons et Louise n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Ils s’imaginaient que Louise voulait coller cette vignette ailleurs, donc ils lui prouvaient par A+B qu’elle avait tort. Or elle voulait juste la coller elle-même. Et c’est très souvent le cas. Parfois il suffit de les laisser faire pour faire redescendre la pression. Plus on les laisse autonomes, mieux ils se sentent exister. Pour certains parents (ou éducateurs) c’est très difficile. Il arrive de se laisser emballer par la construction d’une tour de Lego, et de ne pas voir que depuis quelques minutes, nous sommes seuls à jouer, alors que notre enfant a quitté la pièce…

Encore une fois, il est essentiel de ne pas « faire pour » ou essayer de « faire mieux », mais déjà de « faire avec ». En lien, en connexion. Il a suffit que je me connecte quelques secondes avec Louise, que je la laisse s’exprimer jusqu’au bout, pour dénouer la pelote. Et ma fille me fait énormément travailler dans ce sens, car si on ne la laisse pas s’exprimer jusqu’au bout, elle monte tout de suite dans les tours. Or on gagne beaucoup de temps à la laisser finir sa phrase plutôt qu’à lui imposer notre idée.

La réponse est en eux!

Julie Renauld Millet, thérapeute familiale

julie.renauld.millet@gmail.com

Les Ateliers Parents de la rentrée

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Les Ateliers parents reprennent le mardi 18 septembre pour 7 soirées de deux heures, tous les mardis de 19h30 à 21h30, Porte de La Muette (hors vacances scolaire).

Après les vacances en famille, un petit break entre parents pour mettre en place des solutions adaptées à nos tracas du quotidien. Un peu de théorie grâce aux éclairages des psychiatres autrichiens Alfred Adler et Rudolf Dreikurs vous permettra de mieux comprendre les comportements inappropriés de vos enfants. Et beaucoup de pratique sous forme de jeux de rôle pour se mettre dans la peau de nos enfants et trouver des solutions efficaces et concrètes, adaptées aux situations de chacun.

Inscrivez-vous seul ou en couple (dans l’idéal), pour le programme de formation  de 7×2 heures.

Tarif : 240 €/personne Ou 380 €/couple

(Livre La Discipline Positive offert)

Reservation obligatoire en envoyant un chèque d’acompte de 100 euros (débité après le démarrage des ateliers).