Pas d’écran entre nous

IMG_5896Vous est-il déjà arrivé de parler à quelqu’un qui garde les yeux sur son écran? Ou à l’inverse, répondre « oui, oui, je t’écoute », à votre enfant pendant que vous finissez d’écrire un SMS? Quand nous perdons le regard, que notre cerveau est concentré sur notre écran, nous perdons le lien. Nos téléphones ont envahi nos vies, nos échanges les plus intimes avec notre conjoint et nos enfants.

 

Nous pouvons pester : « Mais non tu ne m’écoutes pas je le vois bien! », nous pouvons baisser les bras et partir au milieu d’une conversation sans même que notre interlocuteur s’en rende compte. Nous pouvons aussi décider de lui laisser une porte ouverte pour se reconnecter à vous, au monde réel en l’invitant : « J’aimerais te parler, quand tu seras prêt, rejoins-moi dans le salon ».

« J’aimerais te parler, quand tu seras prêt, rejoins-moi dans le salon »

Lors de notre colloque annuel de Discipline Positive, nous avons testé cette alternative en live, grâce à un jeu de rôle, et soudainement, la personne qui avait les yeux rivés sur son écran les a levés et a suivi son conjoint dans le salon.

L’écran quand il s’invite dans nos relations n’est pas anodin, il coupe le lien. Bien entendu cela m’arrive d’avoir mon téléphone près de moi quand je suis avec mes enfants, ne serait-ce que pour m’évader moi aussi quand je joue aux playmobil ou aux lego Starwars, me créer une bulle d’air, une récré en consultant les dernières stories d’Instagram. Mais je ne suis pas dupe et mes enfants non plus. Ils savent que je ne suis pas avec eux quand je suis sur mon écran – quand bien même je me tiens à quelques centimètres d’eux – et par ailleurs je leur montre que je ne peux pas laisser mon portable à la porte de la chambre ou du salon alors que je leur répète à l’envi d’arrêter de demander les écrans à tout va.

Retrouvons ce lien si précieux, ces échanges yeux dans les yeux, cette communication pure et profonde, sans parasite. Elle est essentielle et nous apporte tant.

Julie Renauld Millet, coach parentale

Julie.renauld.millet@gmail.com

Immersion dans les Ateliers Parents de Discipline Positive. Le thème : punition et récompense

Punition et récompense, bâton ou carotte…? Les recettes d’antan sont-elles encore efficaces aujourd’hui? Quand je punis mon enfant, a t-il compris le message? Et quand il adopte un comportement exemplaire, puis-je le récompenser pour l’inviter à continuer sur cette voie?

Si la carotte et le bâton peuvent fonctionner sur le moment, nous avons aujourd’hui le recul nécessaire et des outils comme les neurosciences nous permettant d’affirmer que « l’éducation dans un cadre punitif et répressif a des effets dommageables sur le développement du cerveau« , comme l’explique Béatrice Sabaté, psychologue clinicienne, dans l’émission « La Maison des Maternelles », diffusée sur France 5 le 11 octobre 2019.

  • Pourquoi aller au coin nous emmène dans le mur

Si la punition peut marquer un temps d’arrêt, elle engendre quatre conséquences possibles comme effet boomerang à long terme : la rébellion, le retrait, le ressentiment, la revanche. C’est ce qu’ont expérimenté les parents de mes Ateliers lorsqu’ils ont dû plonger dans leur enfance pour se remémorer un souvenir de punition. En nous mettant dans la peau de nos enfants, nous découvrons émotionnellement ce qui se passe pour eux. C’est là que se font les déclics pour changer nos habitudes éducatives.

Isoler l’enfant lorsqu’il fait une colère ou s’oppose avant quatre ans est contre-productif car ne sachant pas gérer ses émotions seul, il va s’empêtrer dans sa tempête émotionnelle, dont il sortira avec encore plus de colère, de l’inquiétude, et l’angoisse que cela se reproduise. Et cela se reproduira car ses émotions le submergent jour après jour. Le mettre au coin est une humiliation car en général le coin est visible de tous. Non seulement il est seul mais tout le monde le regarde. Comment sortir grandi d’une telle situation?

A partir de sept ans, l’enfant peut faire preuve de réflexion et l’isoler dans sa chambre peut être une solution, mais tout dépend comment cela lui est proposé. Encore une fois, l’objectif est de le faire grandir, apprendre, comprendre et pour cela il faut l’aider.

Si votre enfant vous sort par les yeux et que sur le coup de la colère vous avez envie de le priver de dessert, de dessins-animés, de téléphone… jusqu’à la fin de sa vie, il est temps pour VOUS de vous isoler et d’aller réfléchir à ce qui pourrait être constructif pour tout un chacun. S’isoler soi-même est souvent bien plus utile! Car quand vous reviendrez après un temps pour vous (douche, dîner, arrosage de plantes, carré de chocolat…), votre visage et votre état d’esprit ne seront plus les mêmes et, par effet miroir, l’enfant pourra redescendre.

  • On marche à la carotte, en plus ça rend aimable!

La carotte, la récompense, font beaucoup de bien sur le moment. Les parents soucieux de participer à la confiance et l’estime de soi de leur enfant, désireux que celui-ci s’exécute, ont découvert qu’avec la carotte, l’enfant, – tout comme l’âne – avançait. Mais qu’apprend t-il par ce biais? S’il fait les choses pour l’image, le bon point, le bonbon, le temps d’écran, comment va t-il élaborer le sens de l’effort, la motivation, la curiosité…? J’ai maintes fois cité l’étude de Carole Dweck pour inviter les parents à encourager leurs enfants plutôt qu’à les complimenter, à louer leur sens de l’effort, leurs progrès, leur apprendre à s’auto-évaluer, à décrire ce qu’il ont réalisé plutôt qu’à le sur-valoriser, à leur apprendre à être fiers d’eux-mêmes et non à rendre fiers leurs parents. Toute la différence est là.

La carotte fait avancer l’enfant, il sera bien coiffé et dans les temps, mais n’aura pas eu le loisir de réfléchir aux raisons qui le poussent à agir ainsi, n’aura pas eu besoin de faire preuve de créativité, d’imagination, d’innovation. Il aura été un parfait exécutant, prêt à refaire indéfiniment le même parcours tant que la carotte l’attend au bout.

La carotte vous rend service à vous, mais pas à eux. Il n’est pour autant pas du tout compliqué de sortir de ce cercle que l’on croyait vertueux, c’est un changement d’habitudes, de réflexions à leur encontre. Cela se fait petit à petit, c’est une gymnastique essentielle pour leur construction et leur confiance en eux. Cela passe par la façon dont vous allez poser les yeux sur eux, en les invitant à faire pour eux-mêmes et non plus pour les autres. Cela vous permettra de sortir de « qu’est-ce que tu me donnes en échange? » que vous avez instauré sans le vouloir.

Les outils existent, ils passent par un changement de regard sur votre enfant. En le comprenant mieux, vous réussirez à le faire grandir dans un cadre ferme, bienveillant et encourageant.

Regardez Les Ateliers Parents dans l’émission la Maison des Maternelles, diffusée sur France 5 vendredi 11 octobre 2019

Julie Renauld Millet, coach parental

« Ils ne se disputent plus pour une chaise! »

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Voilà trois ans que j’accompagne les familles et je reste émerveillée par les progrès et les changements concrets qu’ils me confient. Je suis fascinée tout d’abord par la vitesse à laquelle les choses bougent chez eux. Même pour les situations perçues comme les plus enkystées, lorsque les parents s’emparent des bons outils et apportent les réponses appropriées à leurs enfants, les problèmes se dénouent et la famille respire à nouveau.

La dernière illustration est celle d’un couple, parents de trois enfants de 6 mois, 3 et 5 ans, qui assistent à leur troisième session des Ateliers de Discipline Positive que j’anime le mardi soir chez moi. Leurs matinées sont devenues un enfer depuis que leurs deux aînés, chaque matin, se disputent la même chaise à la table du petit déjeuner. Et tous les parents de jeunes enfants savent combien un objet aussi anodin qu’une chaise peut parfois être une étincelle et transformer la maison en zone de guerre. La dispute commence dès le lever. Les enfants se poussent dans l’escalier pour descendre en premier et récupérer LA chaise. Et puisque l’objet de la dispute paraît minime voire ridicule, le parent chaque matin pense, en toute logique, qu’il va réussir à raisonner ses enfants. Ils ne vont tout de même pas se faire tomber dans les escaliers pour une place à table!! C’est omettre que les enfants ne partagent pas notre logique interne puisque chacun de nous possède sa propre logique.

La raison n’obtiendra pas gain de cause ici-bas. Il faudra passer par plusieurs étapes pour que les parents puissent démarrer leur journée tranquillement avec leurs enfants. Première étape : rechercher ensemble des solutions en fonction de ce que ressentent parents et enfants au moment de la dispute. Les réponses à apporter s’élaborent en fonction des émotions. Tantôt l’enfant aura besoin de prendre le pouvoir, tantôt il aura besoin d’attirer l’attention, tantôt il sera en souffrance et voudra le faire payer aux autres et tantôt il se sentira incapable et nul. Et tant que nous ne sommes pas passés par l’élaboration du diagnostic, nous ne pouvons prescrire le bon remède.

Poser des questions de curiosité en les mettant dans le même bateau

Après l’analyse des émotions éprouvées par les parents et les enfants, ce couple a mis en place deux actions qui ont tout de suite fonctionné. La première a consisté à poser des questions de curiosité aux deux enfants en les mettant bien tous les deux dans le même bateau. Les parents ont ainsi découvert pourquoi les chaises faisaient l’objet d’une telle convoitise. Les questions de curiosité, les plus ouvertes possibles, révèlent toujours leur lot de surprises et apaisent considérablement les tensions. Et la deuxième proposition faite aux enfants a été de personnaliser leurs deux chaises en y accrochant des dessins ou un tissu. Les enfants se sont pris au jeux. Ils se sont sentis écoutés, rejoints et connectés à leurs parents qui enfin prenaient leur problème au sérieux. Et ils ont pu s’investir et s’impliquer dans la personnalisation de leur place à table. Les solutions ont répondu à leur deux besoins fondamentaux chers à Alfred Adler (psychiatre autrichien 1870-1937) : appartenir et contribuer. Les petits déjeuners sont devenus calmes, les enfants se lèvent sereinement et les parents respirent!

Julie Renauld Millet, thérapeute systémique, coach parentale

La réponse est en eux

IMG_3820Je suis fascinée par le pouvoir de l’observation de son enfant. En ce moment, je répète à mon fils de bientôt 6 ans, lorsqu’il essaie de déchiffrer un mot de son livre en regardant le ciel, que la réponse est dans son livre. S’il veut lire un mot, il n’a rien d’autre à faire que regarder ce mot. Et pourtant, comme c’est un intuitif, il a envie de relever la tête pour y chercher des liens, des images, des correspondances… bref, tout ce que moi je ne vois pas et auquel je n’aurai jamais accès! Et bien pour les enfants c’est exactement pareil.

Louise, 4 ans, est en train de coller des vignettes dans un album avec son papa et son grand frère. Je suis dans la cuisine et j’entends le ton monter. Son papa explique à Louise que la vignette qu’ils viennent de coller est bien à sa place. Son grand frère lui montre que la vignette porte le même numéro que celui de la page concernée. Tous s’acharnent à raisonner, à détailler la logique, la réalité des faits. « Mais je t’assure Louise que c’est la bonne vignette! Mais enfin, je suis ton père, fais-moi confiance!« . Et Louise de continuer à s’opposer, et à tenter de décoller cette vignette par tous les moyens. Plus les garçons l’en empêchent, et plus Louise s’énerve. La colère monte, le ton aussi. Mon mari décide de tirer la sonnette d’alarme et m’appelle pour que je les sorte de cette impasse! Peut-être que moi, j’aurais le bon code d’accès pour le lui faire comprendre… De loin, je ne sais pas ce qui se joue. Je comprends juste qu’ils sont tous très énervés.

J’arrive sur les lieux de l’agacement collectif, je commence par mettre l’album et les autocollants en face de ma fille, et non pas devant son père et son frère. Ce sont les siens, c’est elle qui doit être aux commandes. Et je demande à Louise très calmement, sans aucun préjugé : « Qu’est-ce que tu veux faire avec cette vignette?« . Elle me répond tout aussi calmement et clairement : « Je voulais la coller moi-même!« .

On la décolle ensemble, elle la recolle toute seule, et l’affaire est classée.

« Je voulais la coller moi-même »

Que s’est-il passé? Les garçons et Louise n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Ils s’imaginaient que Louise voulait coller cette vignette ailleurs, donc ils lui prouvaient par A+B qu’elle avait tort. Or elle voulait juste la coller elle-même. Et c’est très souvent le cas. Parfois il suffit de les laisser faire pour faire redescendre la pression. Plus on les laisse autonomes, mieux ils se sentent exister. Pour certains parents (ou éducateurs) c’est très difficile. Il arrive de se laisser emballer par la construction d’une tour de Lego, et de ne pas voir que depuis quelques minutes, nous sommes seuls à jouer, alors que notre enfant a quitté la pièce…

Encore une fois, il est essentiel de ne pas « faire pour » ou essayer de « faire mieux », mais déjà de « faire avec ». En lien, en connexion. Il a suffit que je me connecte quelques secondes avec Louise, que je la laisse s’exprimer jusqu’au bout, pour dénouer la pelote. Et ma fille me fait énormément travailler dans ce sens, car si on ne la laisse pas s’exprimer jusqu’au bout, elle monte tout de suite dans les tours. Or on gagne beaucoup de temps à la laisser finir sa phrase plutôt qu’à lui imposer notre idée.

La réponse est en eux!

Julie Renauld Millet, thérapeute familiale

julie.renauld.millet@gmail.com

Les Ateliers Parents de la rentrée

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Les Ateliers parents reprennent le mardi 18 septembre pour 7 soirées de deux heures, tous les mardis de 19h30 à 21h30, Porte de La Muette (hors vacances scolaire).

Après les vacances en famille, un petit break entre parents pour mettre en place des solutions adaptées à nos tracas du quotidien. Un peu de théorie grâce aux éclairages des psychiatres autrichiens Alfred Adler et Rudolf Dreikurs vous permettra de mieux comprendre les comportements inappropriés de vos enfants. Et beaucoup de pratique sous forme de jeux de rôle pour se mettre dans la peau de nos enfants et trouver des solutions efficaces et concrètes, adaptées aux situations de chacun.

Inscrivez-vous seul ou en couple (dans l’idéal), pour le programme de formation  de 7×2 heures.

Tarif : 240 €/personne Ou 380 €/couple

(Livre La Discipline Positive offert)

Reservation obligatoire en envoyant un chèque d’acompte de 100 euros (débité après le démarrage des ateliers).